Le miel de l’automne s’écoule dans les veines de l’arbre,
Doucement, lentement, peut-être tendrement,
Jaunissant ses larges feuilles déjà dorées par les rayons rasants du soir
Gardant au cœur l’espoir
Qu’après coup de balai de monsieur Hiver,
Dont on entend les bruits de sabots encore lointains,
Une sève nouvelle éclatera les bourgeons déjà frémissant d’impatience
A la pointe des plus hautes tiges caressant le ciel.
Demain,
Demain les vents et les frimas auront beau montrer leur grosse voix
L’arbre sait que la vie est en lui aujourd’hui,
Indestructible, immuable, et, en faisant le gros dos,
Qu’il lui suffit d’attendre un peu et de laisser passer.
Aujourd’hui,
Il penche un peu sa tête pour humer l’odeur tiède des graviers de l’allée qui le borde
Il vrille un peu son tronc au soleil pour se réchauffer encore un instant,
Déguste les rires des enfants jouant à se faire peur, autour de lui,
Entend le clapotis de la source amène, et trouve cela bel et bon.
Hier encore,
Sa ramure Véronèse rafraîchissait nos têtes ;
Il étirait sa canopée rien que pour nous protéger de la morsure lumineuse,
Rien que pour offrir plus d’espace aux petites pattes griffues,
Rien que pour boire la lumière et se fortifier avant la morte saison.
Hier comme aujourd’hui et encore demain
Je crois qu’il sait que je l’aime et qu’il me fait du bien :
Il me l’a dit tôt ce matin, à mon oreille collée contre son écorce vivante.
Jean-Marie Gandois


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