C'est en faisant quelques rangements que je suis tombé sur ces deux poèmes datant... du siècle dernier. Je vous les livre tels quels.
Soir d’hiver
La nuit s’était lovée dans le lit de la Seine.
Quelques bateaux illuminaient les quais
Et projetaient au loin leurs ombres vers Suresnes.
Sur le pont, deux ou trois noctambules vaquaient.
Tout semblait endormi aux brumes de l'hiver.
Des lampadaires chuchotaient, le dos courbé,
Une maigre lumière. Quand soudain, au travers,
Je te vis, émergeant de l’obscure clarté.
Combien tu étais belle en ton habit de lune,
Ton écharpe nouée comme pour te cacher
Des regards curieux que transcendait la brume,
Pressant le pas en direction du vieux clocher.
Ma ville
C’est vrai
Que chaque soir se gonfle ton ventre putride
Ville enceinte d’autobus, de métros, de noires pollutions,
Et dont l’accouchement n’est que douleurs fétides
C’est vrai
Que tes poumons exhalent l’âcre fumée
Que ta Seine dégouline comme pisse le chien
Entre trois ponts blafards, deux îles, et le ciel noir
Mais à l’aube,
Bien après que le dernier fêtard ait vomi sa solitude
Dans les rigoles du désespoir,
Bien après que le clochard se soit enfin endormi,
Rêvant d’un miracle improbable
Après que la putain ait rejoint sa vraie couche
Repensant à ce fils qu’elle eut abandonné
Bien après que la nymphe se soit usé la bouche à des sexes de passage
Alors, alors,
L’air descend doucement incrustant les gargouilles
Les noircissant comme on imprime le temps
Palimpseste éternel
Alors jaillit soudain d’entre les tours de Notre-Dame
L’astre de vie.
Alors entend-t-on le premier cri du bébé naissant
Alors la lumière se répand comme vague emportant toute ta misère
Alors je veux croire encore et encore que tu es belle
Et que la vie l’est aussi.
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