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 Jean-Marie Gandois

Ce blog a pour objet de vous proposer des extraits de mes productions artistiques, de vous faire part de quelques réflexions. 

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Publications

" Le monde sucré de Kersti", Mon premier recueil de nouvelles édité chez Yvelinédition, 12€.

Commandes auprès de l'auteur : jean-marie.gandois@wanadoo.fr

Auprès de l'éditeur : yvelinedition@neuf.fr

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  Deuxième recueil de nouvelles, "Adagio Affettuoso", également publié chez Yvelinédition, au prix public de 18€.

 

adagio 

Paul Tortelier (21/03/1914 - 18/12/1990)  
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          Jérémie Castex s’affala de tout son poids, épuisé, dans son fauteuil. Il jeta le courrier qu’il venait d’aller chercher dans sa boîte aux lettres sur la table basse devant lui. Il tourna son regard vers son chat, Gromin, qui se tenait bien droit, le derrière sur une chaise, les pattes de devant bien serrées, et qui venait de lui adresser un « miaou » tout à fait amical et désintéressé. « Encore en panne, cet ascenseur ! Trois fois en six mois ! Tu te rends compte, Gromin ? Il va falloir que j’en parle au syndic, ça ne peut plus durer. ». Jérémie venait d’escalader les cinq étages menant à son deux-pièces : un appartement situé Place de la Commune de Paris qu’il avait acheté juste après son divorce, cinq ans auparavant. A presque cinquante six ans il n’avait plus la même vigueur qu’à trente, du moins en ce qui concerne les escaliers. Et comme il n’était pas particulièrement sportif, il ressentait tout le poids de son corps dans les jambes. Après avoir repris son souffle il décacheta lentement son courrier. Parmi les factures et publicités il y avait une grande enveloppe. Il s’agissait du règlement d’un concours de nouvelles auquel il s’était inscrit. En une seconde, il retrouva toute son énergie et oublia complètement sa fatigue. Jérémie aimait écrire et il recherchait tous les concours littéraires afin de s’y inscrire pour le seul plaisir d’inventer des histoires. Celui-ci proposait aux concurrents d’écrire soit des poèmes soit des nouvelles sur le thème « voyages ».
Jérémie se prit la tête entre les mains et relut pour la troisième fois le texte de la lettre. Ses yeux grand ouverts ne cillaient plus. Après un premier vide provoqué par la lecture du mot « voyages » – le même genre de phénomène qu’à l’époque de son bac où le simple fait qu’un examinateur lui posât une question engendrait instantanément un vide total et la fuite de toute idée ou connaissance – il se leva et rejoignit son bureau, prit une feuille de papier dans l’imprimante et griffonna le mot du thème au beau milieu. Puis, tout haut, il s’adressa à nouveau à son chat : « Voyages. Voyages. Tiens ! Pourquoi au pluriel. Tu le sais toi ? ».
Jérémie parlait facilement à tout ce qui l’entourait, qu’il se fut agi d’animaux, de plantes voire même d’objets. Seuls les êtres humains lui posaient quelques problèmes de communication, une des multiples raisons, d’ailleurs, de son divorce. Gromin s’étira, passa une patte derrière son oreille, puis se mit sur ses quatre pattes en faisant le gros dos. Il fixa Jérémie dans les yeux et répondit à sa question par un long miaulement pas très coopératif mais néanmoins compatissant.
            Gromin tourna la tête, sauta à terre, puis, d’un bond souple, atteignit l’appui de la fenêtre dont un vantail était entr’ouvert. De là on pouvait y voir les toits de Paris et, tout en bas vers la droite, en se penchant un peu, le sommet des arbres du Boulevard Auguste Blanqui et même un coin de la Place d’Italie. Les feuilles avaient commencé à jaunir et les rayons rasants du soleil animaient le tableau de jolies couleurs.
Curieux du manège de son chat, Jérémie se leva et le suivit. Il adressa au passage un regard aimant à ses plantes puis se pencha au-dessus de la balustrade. « Le voyage d’automne » pensa-t-il instantanément. Comme d’habitude, Gromin avait répondu d’une certaine façon à sa question. Ce titre s’imposait maintenant comme une évidence : « Le voyage d’automne… Le voyage d’automne… ». Mais qu’allait-il bien pouvoir raconter ? Il ne suffisait pas d’avoir un titre, encore fallait-il un peu étoffer le discours. « Ah ! Si j’étais écrivain de métier, je saurais remplir des pages avec des mots un peu compliqués ou peu usités… » pensa-t-il. Mais des mots, il n’en avait pas la moitié d’un, pour l’instant. Pourtant ce titre l’obsédait maintenant. Il se le répétait sans cesse en scandant bien les syllabes : 1-2-3---4-5, le trouvant joli et musical. Était-ce par analogie avec le cycle de lieder de Schubert Le voyage d’hiver, inspiré par le poète Wilhem Müller ? Ou plus simplement parce qu’on était au début de l’automne ? Non, c’était quelque chose de plus profond, de plus personnel. Il aimait ce mot voyage, viaggio, viaje si riche de l’idée de route, qu’il trouvait poétique en lui-même. Il se réinstalla au bureau et sortit le cahier à spirale sur lequel il notait toutes ses idées littéraires : bout de poème, simple phrase, début d’histoire, paroles d’une hypothétique chanson… Quelquefois même il recopiait mot à mot une phrase qu’il avait lue quelque part, sur une affiche, dans une vitrine, sur le journal par-dessus l’épaule d’un voyageur dans le métro. Il écrivit une phrase pour planter le décor : « Le soleil d’automne rougeoyait au-dessus des toits de la Gare Saint-Lazare et les arbres de la cour de Rome semblaient en feu ». Puis il biffa rageusement se tournant vers son chat. « Idiot ! Cliché ! En plus, y a pas l’ombre d’un arbre dans la Cour de Rome ! Ridicule !». Par une mystérieuse alchimie, les images avaient commencé à faire leur chemin dans la mémoire de Jérémie . Pourquoi avait-il pensé à la Gare Saint-Lazare et la Cour de Rome ? Cette lumière automnale particulière et le mot « voyage » lui remémoraient un moment de sa vie vieux de plusieurs dizaines d’années. La tête posée sur sa main gauche, Jérémie rêvassait. Des bribes d’images remontaient à la surface de sa mémoire, comme les morceaux d’un puzzle : le souvenir d’un voyage qu’il avait vécu à l’époque comme irréel. Septembre ou peut-être octobre… Paul Tortelier… Martha… Rouen… cette maison de rêve…
 
            Le téléphone portable de Jérémie sonna, le sortant de sa rêverie.
            — Oui ?
            — Papa ? C’est Frédérique. Je suis place d’Italie avec une amie. Est-ce que je peux venir te voir ?
            — Ben, évidemment, ma puce, répondit-il avec un large sourire. Mais je te préviens, l’ascenseur est en panne.
            — Encore ! Bon, allez, à tout de suite. Bisous.
 
Jérémie était tout à la fois ravi et un peu perturbé par cette visite inattendue. Voilà trois mois qu’il n’avait pas vu sa fille Frédérique qu’il aimait tant. Depuis son divorce sa solitude lui pesait. Aucune femme n’avait remplacé son ex épouse qu’il aimait toujours, semble-t-il. Donc la visite de sa fille unique était pour lui un flot de bonheur qui lui réchauffait le cœur. Jérémie se précipita à la cuisine pour ranger la vaisselle sale, jeter les déchets divers dans la poubelle, passer un coup d’éponge, puis, toujours à cent à l’heure, ramassa à la volée le linge qui traînait, rangea deux ou trois livres dans la bibliothèque, rassembla sur la table basse quelques revues éparpillées sur le canapé. Puis il passa à la salle de bains. Il observa son visage dans la glace : « Comme j’ai vieilli ». Puis il se frictionna le visage à l’eau froide et passa un coup de peigne dans ses cheveux gris, en remontant sa mèche. Il allait se mettre un peu d’eau de toilette lorsque la sonnette émit son « ding-dong » digne d’un westminster. Jérémie se précipita pour ouvrir la porte.
 
            — Bonjour Papa. Tiens, je te présente mon amie Natacha qui a réussi son « agreg » comme moi. Mais tu l’as déjà vue, non ? A mon exposition de sculptures, en janvier.
            — Bonjour ma chérie. Bonjour Natacha. Peut-être s’est-on croisé en effet, je ne me souviens plus, mentit Jérémie .
            — Et voici Gromin, indiqua Frédérique à son amie. Bonjour le chat ! Tu as vu, Natacha, comme il est beau ?
 
Gromin sauta gaiement à terre et alla saluer Frédérique en se frottant le long de ses jambes. Puis il se mit à sentir très prudemment les pieds de Natacha dont il ne connaissait manifestement pas l’odeur.
            — Tu as un peu de temps ? Reprit Frédérique. En fait, j’ai amené Natacha avec moi car elle a quelque chose de très important à te dire.
            — Ah bon ? J’ai tout mon temps, tu sais. J’étais en train de réfléchir sur le thème d’un concours de nouvelles…
            — Fais voir, fais voir, répondit Frédérique, enthousiaste.
            — Mais je n’ai encore rien écrit. Juste le titre, c’est tout.
 
Natacha n’avait encore rien dit. Plutôt petite, belle comme la délicate orchidée du salon, avec de grands yeux curieux, et une manière de tourner la tête extrêmement gracieuse, elle se demandait pourquoi Jérémie avait menti. Car elle se souvenait parfaitement des regards furtifs et timides du père de Frédérique et du trouble qu’elle avait suscité chez lui lors de cette exposition. D’ailleurs, cette fois encore, il évitait son regard franc. Frédérique, curieuse et décontractée comme à son habitude, avait déjà commencé à fouiller les quelques papiers traînant sur le bureau de son père. Elle regarda le cahier à spirale et sourit.
 
            — « les arbres de la cour de Rome semblaient en feu ». Non, Papa ! Et pourquoi pas « Le ciel menaçait. Il posa son regard de braise sur le décolleté provoquant de la jeune Wendy… ». Tu fais mieux que ça d’habitude, dit-elle en éclatant de rire.
            — Mais justement, c’est pour ça que je l’ai biffé. Trop cliché.
            — En revanche j’aime bien ton titre : « Le voyage d’automne », pas toi, Natacha ?
            — Oui, ce sont deux mots, jolis en eux-mêmes et doux, répondit Natacha, et le balancement…
            — Voulez-vous boire quelque chose ? interrompit Jérémie , s’adressant à Natacha.
            — Je veux bien un thé, répondit-elle. Sans sucre.
            — Moi, aussi, ajouta Frédérique.
            — Bon, je vous prépare ça.
 
Jérémie s’éclipsa dans la cuisine, évitant deux piles de cartons qu’il n’avait pas encore eu le temps de ranger depuis son emménagement, suivi de près par Gromin pour qui la cuisine était un sanctuaire divin. On entendit le sifflement de la bouilloire et le bruit de tasses s’entrechoquant. Puis Jérémie réapparut, un grand plateau dans les mains, qu’il posa délicatement sur la table basse. Frédérique avait fouillé dans les notes de son père et feuilleté son cahier à spirale. Elle vint s’asseoir.
 
            — J’aime bien ton poème à la manière de Cyrano de Bergerac, c’est sympa. Natacha, toi, une spécialiste de la langue du XVIIième siècle, ça devrait te plaire.
            — Fais voir, dit Natacha; puis s’adressant à Jérémie : je peux ?
            — Oui, bien sûr. J’adore imiter. C’est bien ça mon problème d’ailleurs. Je n’arrive pas à avoir un style bien à moi. Quand j’étais jeune, je faisais quantité de faux dessins de Cocteau, de Picasso, de Buffet, que je donnais à mes collègues de travail qui étaient ravis. Pour écrire, c’est pareil. Je ne sais pas comment raconter mes histoires.
            — Mais, Papa, ne cherche pas « comment » raconter. Raconte simplement, comme les histoires que tu m’écrivais quand j’étais petite. C’est quoi ton « voyage d’automne » ?
            — Hé bien voilà. C’est en regardant par la fenêtre que ce souvenir est remonté à la surface. Mais c’est difficile à raconter, car c’était un voyage qui ressemble à un rêve. Cela se passait en 1971, je crois, début octobre. J’avais à peine 26 ans et ce devait être ma première année de salarié. J’avais une amie au conservatoire, Martha, une violoncelliste que j’aimais bien. Ce devait être un dimanche. J’étais passé la voir et elle m’avait annoncé qu’elle devait partir le soir même avec son professeur, Paul Tortelier, à Rouen pour participer à une master class. Une deuxième élève devait également participer mais elle n’avait pu se libérer et il restait donc une place de train déjà payée. Elle m’avait donc proposé la place avec une force de conviction à laquelle je n’avais pu résister. Comme elle nourrissait une immense admiration pour son professeur dont elle nous parlait souvent, j’avais presque l’impression de le connaître.
            — Mais alors, tu as vraiment connu Tortelier ? Questionna Frédérique avec curiosité. J’ai lu des articles sur ses enfants qui sont tous musiciens.
            — Oui, répondit Jérémie . Un type hors du commun ! Bref. J’avais juste le temps de passer chez moi pour troquer mon jeans du dimanche contre une tenue plus appropriée et rendez-vous fut pris vers 18h à la sortie du métro Saint-Lazare, cour de Rome.
            — Et… cette Martha, c’était ta petite amie, ? Questionna Frédérique.
            — Non, pas du tout, je l’aimais bien, c’est tout. Pour ne rien te cacher j’étais très amoureux de sa sœur qui était une vraie beauté. Mais ce n’est pas ça qui est important. Ce que je voudrais raconter c’est le côté hors du temps, magique de ce voyage. Dès le début, après nous être retrouvés Martha et moi, j’ai vu sortir de la bouche de métro cet homme immense, incroyablement beau avec ses cheveux gris fous, magnifique, son violoncelle à l’épaule et une grande écharpe blanche. « Un prince, un Dieu », pensais-je. Il embrassa Martha qui me présenta comme un ami violoniste. Je crus percevoir un léger sourire et un brin de malice dans le regard de Paul Tortelier. Sans doute pensa-t-il que j’étais le petit ami de son élève. J’étais terriblement impressionné. Cet homme avait une présence peu commune et suscitait naturellement les regards et l’admiration. Martha m’avait affirmé que je pourrais rentrer le soir après le concert, d’où mon absence de tout bagage. Le rêve avait commencé. Pendant le trajet d’une heure et demie environ, Martha et son professeur étaient plongés dans les suites pour violoncelle de Bach. Paul Tortelier lui mimait des indications tout en chantonnant. J’écoutais de toutes mes oreilles, béat d’admiration. De temps en temps je jetais un regard par la fenêtre. Le paysage défilait à toute allure : jaune, rouge, brun avec la lumière des derniers rayons du soleil. Arrivés à Rouen, des amis de Paul Tortelier nous attendaient. Un couple assez âgé, charmant. Le concert avait lieu à 20h30 et nous fûmes conviés à monter dans leur magnifique et grande voiture. J’ai demandé à quelle heure était le dernier train pour Paris et c’est là que j’appris qu’il n’y avait plus de train après 20h40.
            — Quoi ? C’est pas vrai ! Questionna Frédérique.
            — Si, si, ton père a raison, ajouta Natacha, je le sais parce que ma tante habite en banlieue de Rouen.
            — Imaginez ma stupéfaction mêlée d’inquiétude. Je devais avoir l’air si hébété que la dame vint vers moi pour me rassurer : « Mais il n’y a pas de problème, jeune homme, vous pourrez coucher à la maison ». J’étais vraiment confus et mal à l’aise. Je n’avais même pas une brosse à dent sur moi. Et mon chef qui m’attendait lundi matin ! Lui qui était à cheval sur les horaires. Si vous saviez comme je me sentais mal…
            — Votre amie ne vous avait pas dit qu’il n’y avait pas de train de retour ? Demanda Natacha.
            — En fait, je pense qu’elle ne le savait pas. Elle m’avait juste dit qu’il n’y avait qu’une heure et demie de train. Bon. Donc nous voilà partis en voiture. Il faisait nuit. Nous arrivâmes à l’université, dans un amphi bourré d’étudiants. Sous les applaudissements, Paul Tortelier enleva sa grande écharpe et présenta Martha. Il y avait là tout un parterre de jeunes violoncellistes. Chacun d’eux avait préparé un morceau à soumettre à la critique du Maître. Paul Tortelier, affable et souriant, faisait des plaisanteries afin de mettre en confiance les élèves. Il donnait des conseils à chacun, leur montrant comment attaquer telle note, comment enrichir le son. Puis vint le tour de Martha. Je la regardais et la trouvais belle. Son énergie était incroyable et c’était déjà pour moi une leçon de tenue. Mais lorsque Tortelier, lui-même, se mit au violoncelle, ce fut alors une apothéose. Je crois bien que c’était la première fois que je comprenais Jean-Sébastien Bach. Il avait entamé la suite N°5 avec fougue. Avant cette rencontre, je jouais les partitas pour violon de façon sérieuse et scolaire. Je compris qui était ce gros bonhomme que l’on voit, emperruqué, sur les portraits. Je pris conscience que cet homme avait été vivant ; qu’il aimait la danse, qu’il aimait la vie et que ce n’était pas du tout le froid et lugubre compositeur que nous décrivaient la plupart des biographes. Si vous aviez vu la façon dont Tortelier nous interprétait les gavottes et la gigue ! Il dansait presque sur sa chaise. Ce qui ne m’empêcha pas de pleurer dans la sarabande. Tout ça était tellement irréel. J’eus une connaissance soudaine, brutale. Comme les êtres sont touchés par la Foi. Depuis ce jour, plus jamais je n’ai joué Bach comme avant.
            — Hé bien, raconte le, intervint Frédérique. C’est intéressant tout ça : « La Foi qui tombe sur tes épaules… » ajouta-t-elle avec un sourire ironique
            — Ne te moque pas ! C’est exactement ce qui s’est passé. Mais ce n’est pas tout. Quand je vous dis que c’était comme un rêve ! Le soir : dîner chez les amis de Paul Tortelier : jeune et accorte gouvernante, meubles anciens, tableaux romantiques, plats délicieux, vins fins… Et une jolie petite chambre mansardée qui sentait la cire et le mimosa, aux murs tapissés de toile de Jouy, tout en haut d’un escalier en bois patiné… Et cette gentille dame qui me prêta même un pyjama de son mari et une brosse à dents…. Un rêve, vous dis-je ! Au matin, odeur de pain grillé et de bon café. Réveil vers 6h car il fallait prendre un train très tôt. Le jour levé, je découvre alors le cadre merveilleux de cette très belle maison de maître au cœur d’un jardin magnifique planté d’arbres immenses. Et la franche affection de ce vieux couple que je ne connaissais pas. Bien sûr, j’arrivai très en retard à mon travail et dus subir les reproches de mon chef. Mais que pouvais-je lui dire ? J’ai certainement dû inventer une « panne d’oreiller » banale. Il n’aurait pas compris que je venais de faire un rêve dans une autre dimension, lui si « jugulaire ! Jugulaire ! ».
            — Je trouve ça plutôt romantique, pas toi, Frédérique ? Questionna Natacha.
            — Oui. Il y a même un aspect féérique dans cette histoire. Papa, il faudrait que tu racontes tous les petits détails, les gestes, les expressions, les sentiments, etc. Je pense que ça vaut le coup.
            — Merci de ton conseil, ma fille. Je vais m’y mettre. Au fait, je parle, je parle… Tu ne m’avais pas dit que… Natacha avait quelque chose d’important à me dire ?
            — Mais oui, répondit Frédérique, c’est pour ça qu’on est venu. Puis s’adressant à Natacha : tu veux bien expliquer à mon père ce que tu m’as confié ? Allez, n’aie aucune crainte.
 
            Natacha regardait le sol en se mordant les lèvres. De son côté, Jérémie la regardait aussi tout en évitant de croiser son regard lorsqu’elle relevait les yeux. Il se demandait pourquoi il était si troublé. C’était un sentiment bizarre. A la fois très fort et différent du simple sentiment d’attirance amoureuse comme il en avait souvent. Quelque chose qui se rapprochait plus de la tendresse et du désir de protection. Il aurait voulu juste la caresser, juste sentir la douceur de sa peau. Cela n’avait rien de physique ni de sexuel. Qu’est ce qui pouvait bien provoquer ce sentiment si puissant alors qu’il la connaissait à peine. Natacha prit sa respiration et posa la question qui l’obsédait depuis plusieurs jours. Depuis que sa grand-mère lui avait confié un secret, deux mois plus tôt, alors qu’elle se sentait mourir.
 
            — Est-ce que le nom de Yolaine Renaud vous dit quelque chose ?
            — Ho là là. C’est vieux tout ça. Mais oui, bien sûr. Ce devait être juste avant que j’épouse ta mère, dit-il en se tournant vers sa fille.
            — Mais, vous l’avez bien connue ? Insista Natacha, en appuyant sur le mot « bien ».
            — En fait, reprit Jérémie rougissant légèrement, nous avons vécu ensemble deux ou trois mois. J’étais fou amoureux d’elle et totalement dépendant. Une passion destructrice. Un feu qui me consumait jour après jour. Elle était pianiste et, autant nous pouvions être en fusion totale lorsque nous jouions ensemble, autant nous nous déchirions après. Tout cela ne pouvait pas durer. Finalement nous avons décidé de nous séparer. Je ne l’ai jamais revue depuis. Je ne saurais même pas dire si elle a fait une carrière. J’ai dû rencontrer ta mère un mois après et nous nous sommes mariés tout de suite, dit-il en se tournant vers sa fille. J’avais besoin de calme, de sérénité , d’amour simple, constructif. Juste de regarder ensemble dans la même direction comme disait Saint-Exupéry. Et d’ailleurs si tu savais comme elle me manque ! Mais pourquoi cette question ?
            — Hé bien… Reprit Natacha, Yolaine Renaud était ma mère et…
            — Quoi ? Coupa Jérémie , mais ce n’est pas possible !
            — Je dis « était » parce que ma mère est morte quand j’avais six ans et c’est ma grand-mère qui m’a élevée. Avant de mourir, elle m’a fait venir à son chevet pour me donner une lettre de ma mère disant que mon père s’appelait Jérémie Castex. Elle n’avait jamais eu le courage de me donner cette lettre que ma mère avait écrite peu avant son décès. Quand j’ai lu ce nom qui était celui de ma meilleure amie, j’ai aussitôt posé la question à Frédérique qui n’a pas su me répondre, c’est pourquoi je me suis permis…
            — Mon Dieu ! Mais pourquoi ne m’a-t-elle rien dit. Pourquoi ? Pourquoi ? Coupa Jérémie , les yeux humides. Je n’ai jamais rien su de tout ça. Jamais. Je vous jure.
 
Jérémie pleurait comme un enfant maintenant. Quelque chose d’étrange et fort s’emparait de tout son être. Frédérique qui, jusqu’à la veille, ignorait tout des amours passées de son père, se sentait gênée. Chacun se regardait en silence. Tous étaient très fortement émus. Natacha avait du rose aux joues et ses yeux étaient aussi embués. Elle retrouvait son père après plus de vingt-cinq ans. Quelques secondes plus tard de ce silence lourd et électrique, Jérémie s’approcha de Natacha et, gauchement, lui ouvrit les bras sans mot dire. Natacha se précipita dans ses bras et éclata en sanglots. Tous deux restèrent comme cela une minute ou deux puis Jérémie tendit son bras gauche et ramena près de lui Frédérique. Le bonheur qu’il ressentait le submergeait totalement.
C’est le miaulement de Gromin, sans doute jaloux, qui leur fit desserrer leur étreinte. Jérémie s’adressa à lui :
 
            — Tu te rends compte Gromin, j’ai une deuxième fille ! Non, une première, en fait. On va fêter ça. Dis-moi, Frédérique, ta mère est au courant ? J’aimerais tant la voir. Je comprends qu’elle ne pouvait plus me supporter tant j’étais devenu invivable. Mais je crois que je saurais me contrôler désormais.
            — Justement, j’ai vu maman hier et elle m’a demandé de tes nouvelles. Je crois que tu lui manques aussi. Je lui ai parlé de Natacha et de son histoire. Elle m’a dit exactement « si c’est la fille de Jérôme, elle est ma fille ».
            — Vous vous rendez compte, les filles ? Le voyage dans le temps que vous me faites faire, dit Jérémie. C’est dur pour votre vieux père. Qu’est-ce que je vais écrire maintenant pour le concours ? Je comprends désormais ce sentiment bizarre que j’ai eu la première fois que je vous ai vue, Natacha, à l’exposition de sculptures de Frédérique. Heu … On peut se tutoyer ?
 
            Le téléphone de Jérémie sonna. D’un bond de cabri il s’en empara sur la table basse et, s’accompagnant d’un geste enfantin, décrocha. C’était sa femme. Ou plutôt son ex. Il commença, enthousiaste, par ces mots :
 
            — Chérie… Chérie, tu ne sais pas ce qui m’arrive ?

 

Métempsycose
 
 
 
 
            « Encore lui ! » Pensa Natacha. On venait de frapper à la porte de son studio. Natacha avait tout de suite reconnu sa façon de frapper si caractéristique : toc-toc-toc puis toc-toc. L’homme qui frappait pensait que c’était une façon d’introduire un peu de tendresse, d’humour et de personnalité dans son heurt. Natacha pensa : « comment vais-je faire pour m’en débarrasser cette fois ! Et en plus au moment où je suis sous ma douche ! » Elle répondit tout haut : « oui, oui ! Quelques minutes ! Je suis sous ma douche. » L’homme répliqua : « pas de problème ! Prenez tout votre temps. » L’homme – il s’appelait Jérôme – était ravi. Déjà il commençait à imaginer Natacha nue sous sa douche et cela le ravissait. Il eut même une légère érection en posant mentalement son « regard » sur l’imaginaire petit triangle noir piqué comme une fleur sur sa peau blanche. Natacha, bien que légèrement excédée par cette situation indésirable, accéléra le mouvement par simple politesse. Elle ramena en arrière ses longs cheveux bruns, se saisit de la serviette qu’elle avait jetée au-dessus du rideau de douche et en enroba ses cheveux en tapotant avec ses mains pour les sécher un peu. Puis elle s’essuya le visage. Puis ses petits seins qu’elle avait fermes et bien ronds. Enfin elle se baissa pour essuyer son ventre, ses jambes et ses pieds. Machinalement elle porta son regard sur les diverses images qui décoraient son rideau de douche en plastique transparent. C’était un décor très aquatique, marin même : il y avait des poissons colorés, des hippocampes, de longues algues, quelques coquillages et des … grenouilles (une erreur de jugement sans doute de la part du créateur de ce décor !) Natacha glissa délicatement ses pieds dans ses vieilles espadrilles qui lui tenaient lieu de chaussons, enfila son peignoir qu’elle avait préalablement étalé sur son lit et s’apprêta à ouvrir sa porte.
 
— Bonjour Jérôme. C’est vous ? dit-elle en feignant la surprise.
            — Bonjour Natacha. J’espère que je ne vous dérange pas. Je passais dans le quartier, mentit-il, et comme j’avais un peu de temps devant moi j’ai pensé vous inviter à déjeuner.
            — Ah ! Heu… Oui… Mais… A vrai dire je n’ai pas beaucoup de temps… Et puis… (Elle avait du mal à trouver une bonne raison pour échapper à l’invitation) Bon, après tout, c’est d’accord.
            — Merci. Vous êtes un ange, répondit Jérôme, niaisement. Vous savez que vous êtes ravissante comme ça ?
 
            Natacha ne répondit pas. Il y avait quelque chose de légèrement lubrique et peu naturel dans les façons de Jérôme. Il n’était pas loin de midi et, tout compte fait, elle commençait à avoir faim. Elle s’adressa à lui sur un ton dénué de sympathie :
 
            — Pouvez-vous vous retourner le temps que je m’habille ?
— Oui, bien sûr. Excusez-moi. Je suis si indiscret.
 
            Jérôme se retourna vers la cloison qui séparait la pièce principale de la salle d’eau. Il nota, accroché au mur, une très jolie aquarelle. Il s’approcha et tenta de déchiffrer la signature, puis, s’adressant à Natacha :
 
— Elle est très jolie, cette aquarelle ! Des boules chinoises, non ? C’est ça ?
— Oui, oui, répondit Natacha tout en enfilant son slip. C’est une amie qui me l’a offerte il y a quelques temps
 
            Puis en s’éloignant un peu du tableau sous verre, Jérôme remarqua qu’une partie sombre de la peinture rendait la vitre suffisamment réfléchissante et qu’en ajustant sa vision, il pouvait deviner Natacha en train de s’habiller. Du coup, suite à cette découverte, toute son attention se concentra sur le reflet de ces quelques centimètres carrés de vitre. Il voyait Natacha de dos. Il distinguait nettement ses petites fesses dépassant de chaque côté du slip et sa longue chevelure sur sa peau claire. Natacha ajustait maintenant son soutien-gorge puis enfilait une jupe rouge et, enfin, un corsage blanc. Elle s’adressa alors à Jérôme pour lui signifier qu’il pouvait désormais se retourner. Avec ses cheveux encore humides dont les boucles naturelles lui enveloppaient les épaules, Natacha semblait encore plus belle. Son regard vif et intelligent, sa petite taille, sa bouche bien dessinée, tout cela lui donnait un air de poupée malgré ses vingt-six ans. Faisant face à Jérôme, elle se pencha en avant pour ajuster chaque pied dans ses chaussures, laissant apparaître ainsi la naissance de sa poitrine, ce qui captiva instantanément le regard de Jérôme.
 
            — Allons-y, s’exclama-t-il, plein de satisfaction. Je vous invite au « Chien qui tousse ». Vous connaissez ?
 
            Tous deux sortirent du petit appartement, descendirent les quatre étages en prenant bien soin de ne pas glisser sur les marches en bois cirées dont l’usure avait arrondi le bord, puis se retrouvèrent dans la rue. Il faisait un beau soleil d’automne et, malgré l’attitude « collante » de Jérôme, Natacha abandonna sa mauvaise humeur. Des touffes d’arbres encore verts débordaient des hauts murs le long des petites ruelles de la Butte aux Cailles et, vraiment, l’on ne se serait pas cru à Paris mais plutôt dans quelque village de province. En quelques minutes de marche ils parvinrent au « Chien qui tousse », un charmant petit restaurant de la Butte d’où émanaient de bonnes odeurs d’épices, de ragoût et de vin chaud.
 
            Pendant le déjeuner, Jérôme n’avait cessé de louer Natacha pour sa beauté, son intelligence, sa culture… Ce flot de compliments l’avait gênée au début mais, finalement, l’amusait un peu. Le vin aidant, elle riait de l’attitude d’amoureux transi que prenait Jérôme. Celui-ci, profitant qu’elle avait baissé son regard, posa sa grosse main sur celle fine et petite de Natacha.
 
            — Natacha ! Il faut que je vous dise que je vous aime. Et depuis longtemps… En fait, depuis la première fois où je vous ai vue…
 
           Natacha tenta de retirer sa main mais Jérôme la tenait ferme. Il lui disait qu’elle était belle, qu’il l’admirait, etc. En fait, rien que des banalités. Natacha réussit enfin à retirer sa main et lui dit avec un peu de colère dans la voix:
 
            — Mais enfin, Jérôme ! J’ai vingt-six ans et vous au moins…
            — Cinquante-deux, coupa Jérôme. Je sais. Et alors ? C’est vrai j’ai juste deux fois votre âge. Mais regardez, quand vous aviez cinq ans, j’en avais trente et un, donc six fois votre âge. Quand vous en aviez treize, j’en avais trente-neuf, soit trois fois plus. Maintenant, seulement deux fois plus. Alors vous voyez, nous serons bientôt pareils.
 
            Natacha trouva cet argument mathématico-philosophique idiot. Et puis il y avait quelque chose d’insidieux et manquant de sincérité dans ce soi-disant amour déclaré. Encore lui aurait-il dit qu’elle était un être magnifique, l’être qu’il recherchait depuis des milliers d’années… Qu’il l’avait peut-être déjà rencontrée ailleurs, autre part, sur une autre planète, il y a très longtemps… Qu’elle était le double dont il cherchait la trace depuis la nuit des temps, etc. Peut-être Natacha aurait-elle été sensible à ce discours. Mais non ! Ce n’était que tissu de lieux communs, avec ses regards lubriques, avec sa bouille de… crapaud. Oh ! Il avait encore un certain charme mais, soudain, c’est vraiment cette image qui s’imposa à elle. Son visage jaune, avec ses sourcils en accents circonflexes, son air pleurnichard… Toute ces simagrées semblèrent tout d’un coup odieusse à Natacha. Elle ne pouvait quitter désormais cette image de gros crapaud assis en face d’elle, faisant mimique sur mimique.
            Quant à Jérôme, lui, qu’est-ce qu’il avait bien pu imaginer ? Qu’il allait la séduire avec ses arguments de Polytechnicien (qu’il n’était d’ailleurs pas, puisqu’il avait raté le concours de Polytechnique trente ans plus tôt et s’était rabattu sur une école parfaitement inconnue) ; qu’il la coucherait ce soir même dans son grand lit vide depuis son divorce ; qu’il pourrait déguster la fraîche douceur de sa peau ; qu’il couvrirait de son gros ventre ce frêle corps de porcelaine ; qu’il souillerait de son sexe ce petit trésor de plaisir qu’elle réservait sans doute à son jeune ami…
 
            — Vous n’êtes qu’un mufle ! Vous me faites penser à un… à un… crapaud ! Explosa Natacha.
 
            Elle se leva brusquement, prit son sac et sortit toute emplie de colère et de dégoût puis marcha très vite sans se retourner vers son appartement. Jérôme se sentit blessé. Il prit sa tête entre ses mains et pleura. Il avait commis une énorme faute. Son comportement était idiot et vulgaire. Pourtant il y avait un peu d’amour dans sa démarche. Et aussi de la tendresse. Mais le corps, son corps, la beauté physique de Natacha, le sexe, tout ça, l’avait entièrement submergé et, finalement, avait pris le dessus dans son agissement. Peut-être ses nuits solitaires trop nombreuses étaient-elles la cause de ce débordement. Il paya et sortit du restaurant le regard vide, blafard, puis marcha sans but, au hasard.
 
            Natacha tourna la clef dans la serrure de sa porte, entra et s’affala sur son lit. Elle eut envie à nouveau de prendre une douche, comme si quelque chose l’avait salie, comme si les regards de Jérôme étaient encore collés à sa peau. Elle s’approcha de la cabine de douche et, avant même de se déshabiller, ouvrit grand les robinets pour régler la température. Rêveuse, son regard se porta machinalement vers le rideau de douche qu’elle aimait bien malgré son décor kitch. Soudain, elle poussa un petit cri. Au beau milieu, parmi le décor de poissons et autres crustacés, se trouvait un gros crapaud bien dessiné.
 
            Quant à Jérôme, ni Natacha, ni personne n’en entendit plus parler.
 
 
 
 
Tour Montparnasse
Bureau 2101
Mardi 22 juin 2004
Aux alentours de 14 h
 
Soleil !
 
Le temps d'un déjeuner en terrasse avec Claire, de parler musique, littérature, (boulot aussi), et de refaire le monde France Telecom.
 
Retour à la Tour Montparnasse.
Je traîne en chemin. Va savoir pourquoi...
 
A l'instant où je pénètre dans le hall des ascenseurs, l'un d'eux est à quai, portes ouvertes. Il a commencé à engloutir ses passagers.
J'hésite. Je suis encore loin ("Je vais les retarder", pensais-je).
"Allez, je fonce" !
J'entre, en prenant soin de regarder mes pieds comme pour m'excuser de les avoir (peut-être) fait attendre.
Un regard me frôle.
Avec un drôle d'air malin.
Je tourne la tête : Hélène !
A quatorze centimètres de mes yeux.
Bisou-bisou. Et tu vas où ? 21ème ? Non ! Le même étage que moi !
 
21 ième. Ding-dong. Machine à café, papotage, un peu métier, beaucoup enfants et le miel qu'ils nous donnent. La vie, quoi.
 
Soleil ! Trois fois Soleil !
 
Il y a des jours comme ça où l'on préfère être vivant que mort.
Auprès de ma brune
Je suis amoureux,
Là-haut sur la dune,
Enlacés tous deux.
Tes cheveux s’envolent
Au souffle du vent.
Une mouette vole
Et s’en va criant.
 
Auprès de ma brune,
J’ai envie d’aimer
La terre et la lune,
L’univers entier.
La vie est facile,
Les enfants sourient.
J’en oublie ma ville
Et tous mes soucis.
 
Auprès de ma brune,
J’ai toujours vingt ans.
Au clair de la lune
Je rêve d’enfants.
Et le temps s’écoule
Tout doux dans tes bras.
Soudain je m’enroule
Au creux de tes draps.
 
Auprès de ma brune,
Trois enfants sont nés.
Légers comme plumes
Je les ai bercés.
Les années avancent
Et ils ont grandi.
Laissez leur la chance
De tracer leur vie.
(voir l'album photos) undefined       
Ancienne et riche villa gallo-romaine, comme en témoigne la nécropole d’une dizaine de sarcophages de pierre découverte récemment sous les fondations de l’église, le Prieuré de Salagon a bien failli disparaître à jamais. Situé à quelques kilomètres de Forcalquier, en léger surplomb de la plaine de Mane, tout au bord de la Via Domitia qui vit passer tant de convois romains entre les provinces d’Espagne et celles d’Italie, l’ensemble des bâtiments du prieuré domine à nouveau fièrement la douce plaine.
Grâce aux Bénédictins de l’Abbaye St André de Villeneuve lès Avignon qui prirent en charge le domaine à la fin du XIème siècle, celui-ci fut sauvé de sa disparition : reconstruction et agrandissement de l’église, puis ajout au fil des siècles de constructions diverses (tour romane au XIIIème, grande maison attenante fortifiée de style gothique datant du XVème siècle avec sa remarquable fenêtre d’angle…). L’ensemble est entouré de hauts murs et la vaste cour est empierrée en calades autour d’un puits.
Puis le domaine fut vendu à la révolution, et les bâtiments reconvertis à des fonctions agricoles. Il faudra attendre 1981 pour que la collectivité publique rachète cet ensemble voué à la ruine pour entamer sa restauration. Les travaux seront achevés en 1998 et c’est aujourd’hui, outre un lieu ayant retrouvé sa dimension spirituelle, un riche musée ethnographique, assorti d’un jardin médiéval de centaines d’espèces aujourd’hui oubliées ou disparues, véritable conservatoire des plantes utilisées par nos ancêtres, qu’elles soient médicinales ou destinées à la nourriture.

 

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