Présentation

 Jean-Marie Gandois

Ce blog a pour objet de vous proposer des extraits de mes productions artistiques, de vous faire part de quelques réflexions. Votre avis est bien sûr le bienvenu.


Mes tableaux sont exposés sur le site "Galerie des Arts"


Vous pouvez m'écrire à jm.gandois@yahoo.fr

Publications

" Le monde sucré de Kersti", Mon premier recueil de nouvelles édité chez Yvelinédition, 12€.

Commandes auprès de l'auteur : jean-marie.gandois@wanadoo.fr

Auprès de l'éditeur : yvelinedition@neuf.fr

Egalement sur alapage.com, amazon.fr, fnac.com, ou chez votre libraire

Dernières lumières de la ville qui s’éloignent
Fonce le TGV fonce !
Encorbellements vagues grises
Montent descendent derrière la vitre
Remblai déblai remblai Le ciel
Noir gris foncé gris clair
Gris clair gris clair gris clair
Nuées nuages gris clair
Brumes de l’Oise gris moyen
Soleil ? Pas
 
 
Il y a des mots que je n’ai pas écrits
Il y a des choses que je n’ai pas faites
Mille romans qui sont restés squelettes
Et dans ma tête, dix symphonies.
 
Il y a des mots que je n’ai pas écrits
Il y a des phrases que je n’ai pas dites,
Des tableaux maladroits au bout de mes pinceaux
Et des chansons dont personne n’a voulu.
 
Il y a tant d’élans qui n’ont jamais éclos,
Des amours de papier, des visages de carnaval,
Des hontes bues et des échecs cachés...
 
Et puis il y a Vous qui m’aimez tellement,
Vous, qui me croyez papa si formidable...
 
 
Alors, je ferme doucement mon tiroir aux chimères,
J’expédie mes humeurs en poste restante,
Et je vis.
 

11ième "Semaine de la Langue Française" du 17 au 26 mars2006. Les dix mots proposés étaient :

Accents,  Badinage,  Escale,  Flamboyant, Hôte, Kaléidoscope, Masques, Outre-ciel1, Soif, Tresser

 

1 Mère, sois bénie ! 

 Je me rappelle les jours de mes pères, les soirs de Dyilo

 Cette lumière d’outre-ciel des nuits sur la terre douce au soir

 Extrait des Œuvres poétiques (Éditions du Seuil, Éthiopie, A l’appel de la race de Saba, p.58) de Léopold Sédar Senghor, dont 2006 marque le centenaire de la naissance.

 

 

 


   Juste avant de partir

Lorsque l’éther divin sera mon hôte,
Lorsque mon âme aura franchi l’outre-ciel,
Que les masques seront tombés,
Que l’on aura cessé tout badinage
Aux accents matériels et stériles ;
Lorsque j’aurai atteint l’escale,
Loin du kaléidoscope humain,
Pourrai-je encore tresser tes cheveux flamboyants
Avec le peigne en écaille de tortue de mon enfance ?
J’ai encore soif de Toi, soif de tout ton être, soif de ton Amour


 

   Carnaval

 

   Quel charmant badinage ! On avait beau être en février, à Venise, on sentait que le printemps n’était pas loin. Tous ces oiseaux au plumage flamboyant étaient les hôtes du campanile de la piazza San Marco. Était-ce seulement une escale avant de continuer leur long voyage outre-ciel ? Ils semblaient indifférents au carnaval qui, sur la place, formait un kaléidoscope de costumes chamarrés, de masques aux voilettes dentelées, de perruques artistiquement tressées, tout cela dans un brouhaha de rires, de cris et de tirades aux accents venus du monde entier. Seule une même soif de vie les rassemblait.

 


   Oasis

Une soif terrible le tenaillait. Depuis des jours, il marchait dans ce désert sous un soleil flamboyant. Hier, il avait fait escale dans cette minuscule oasis. Tandis que son hôte lui offrait du thé, les femmes s’occupaient à tresser les dattes séchées au soleil. Leur foulard sur le visage, tel un masque, ne laissait entrevoir que leurs yeux sombres et brillants mais n’empêchait nullement leur badinage aux accents chantés. Leurs parures mêlées de noir, de bleu acier, de blanc, d’or, formaient un kaléidoscope brillant de mille étincelles. Dehors, le silence pur. Hors le cri d’un faucon royal s’envolant outre-ciel.


Le perroquet

Fen-shu arriva à l’escale tard dans la soirée. Il avait mouillé sa jonque dans l’ancien port de la ville de Da-Nang, déjà endormie. Il fut réveillé, le lendemain, par des cris et des musiques aux accents festifs. On entendait aussi le badinage des femmes et des enfants, tout près. Il se frotta les yeux et sortit sur le pont de son bateau. Le quai entier était l’hôte d’une immense fête, véritable kaléidoscope humain sautant et dansant. Un dragon de tissu rouge et or flamboyant et au masque léonin impressionnant, déroulait ses circonvolutions tel un serpent. Des lanternes colorées et décorées de fines cordelettes d’or que l’on avait du tresser, se balançaient au bout de leur mât tenu par des enfants. On percevait une soif de liberté se dégager de cette foule joyeuse. Au pied de l’embarcadère, un vieil homme tenait une cage de perroquet à bout de bras. Il en ouvrit la petite porte de bambou et adressa quelques mots. L’oiseau magnifique sortit de la cage, regarda à droite et à gauche, puis s’envola jusqu’à disparaître outre-ciel.


 Au-delà de Léthé

 

   Hadès, l’hôte des enfers me regarda droit dans les yeux :

— Ah ! Te voilà enfin ! Nu, sans atours, sans masque, sans trémolos dans ta voix aux accents d’humanité ! Regarde ce kaléidoscope d’êtres humains ! Vois le feu flamboyant qui les ronge. Finis, les badinages méprisants ! Terminés les calculs mesquins ! Qui, désormais, pourrait leur tresser des couronnes ? Car c’est leur propre soif de vanité qui les a conduits jusqu’ici. Au moins pour y faire escale.

    Pour y faire escale ? M’étonnais-je.

— Oui. J’ai toujours l’échelle du songe de Jacob, là-bas. Mais seuls ceux qui refusent l’amnésie, seuls ceux qui acceptent d’être responsables de leurs actes pourront l’emprunter pour une issue vers l’outre-ciel.


 

     Yad al-jawza (Betelgeuse)  

Outre-ciel, là-bas, vers l'infini d'Orion

Est une planète.

Une planète hôte de seules beautés :

De ce côté, un kaléidoscope de mille fleurs,

De l’autre, mille essences aux accents capiteux,

Et dans son ciel, mille oiseaux

Au plumage flamboyant.

En tendant l’oreille on peut entendre

Le doux badinage d’animaux divers.

Ni masque, ni tromperie n’ont cours en ce royaume :

Tout y est clair comme l’eau des sources

Propres à étancher toute soif.

Au septentrion, on y peut voir

Des anges tresser des fils de la vierge

Et l’air y est doux.

Sera-ce ma prochaine escale ?

 


 Sonnet sur le même sujet à la manière de Savinien de Cyrano de Bergerac

 

Là-bas vers l'outre-ciel, vers l'infini d'Orion

I’ ay vu, chez Gassendi, avecque sa lunette

Un astre de biautez, une belle planète :

Un kaléidoscope et mil aultres visions,

 

Des accens de couleurs, de flamboyans nuages,

Des Oyseaux, de leur soif, beuvant l’eau tout le iour

Des angelots sans masque offrant de leur Amour

A de longues naïades au subtil badinage

  

Passant cler de leur temps à tresser leurs cheveux,

A rire et playsancter tout en formant des vœux.

Zeus auroit-il créé ce lieu pour Tantale ?

  

Tant d’heurs et d’abondances ci-bas réunis !

En cet hoste-planète où i’aimerois l’escale !

Où ie sçaurois passer des momens infinis.

10ième "Semaine de la langue française", mars 2005. Les onze mots proposés étaient :

 Variation, ondelette, complexité, élémentaire, cristal, miroir, rayonnement, hélice, icône, désenchevêtrement, ordinateur

 


  Rangoon 

 Il faisait très chaud. Et l’hélice du ventilateur plafonnier n’y changeait rien. Les murs, tapissés de miroirs gravés dans le style des années vingt, reflétaient le rayonnement de la rue bruyante et moite. Elle était là, assise, tapotant son ordinateur portable. Elle était là, telle une icône, presque immobile, avec ses longs cheveux noirs emmêlés mais parcourus de souples ondelettes. Devant elle, un verre en cristal à demi vide. Quelle complexité lui faisait-elle froncer les sourcils, elle, si intelligente, et pour qui tout semblait tellement élémentaire ? Une variation soudaine du bruit de la rue la fit tressaillir. Elle passa sa main dans ses cheveux comme pour en maîtriser le désenchevêtrement. Je frémis. M’avait-elle vu ?

 


Astronomia

 La double hélice majestueuse de la galaxie d’Andromède diffusait son rayonnement diaphane dans le miroir de cristal du grand télescope d’Arecibo. Bien que l’image fut grandiose, seul un puissant ordinateur pouvait accomplir le désenchevêtrement de ses 400 milliards d’étoiles. Une telle complexité cosmique dépasse en effet les limites de l’optique par trop élémentaire du télescope. Il s’agit de la technologie JPEG, c’est à dire la « compression par ondelettes » des fortes variations de contraste de l’image, permettant de séparer les hautes fréquences des basses fréquences et ainsi d’en améliorer les contours. Je cliquais alors sur l’icône « DWT » (Discrete Wavelet Transform) et aussitôt l’image devint parfaite.

 

 


 Lettre de Mozart à sa femme Constance

  Vienne, le 4 juillet 1790

 

 Très chère excellente petite femme,

  Depuis que tu es à Baden, j’erre dans l’appartement en pensant à toi sans cesse. Le miroir de l’entrée ne me renvoie hélas ! que mon image. Ton portrait ne me quitte pas, pas même au lit (mais je te raconterai de vive voix), et je te parle à travers cette icône comme si tu étais à mes côtés. Comment vont tes chevilles et Carl ne te fatigue-t-il pas trop ? Comme ton rayonnement me manque, petite femme adorée. Suffit ! J’ai écrit quatre variations sur le thème « non più andrai » que tu chantes si finement avec ta voix de cristal. Des douze notes élémentaires j’en ai accru la complexité à un point tel que j’ai dû ensuite m’appliquer au désenchevêtrement de toutes ces notes. Je suis maintenant satisfait. C’est comme une broderie, une ondelette autour du thème, qui monte et descend puis tourne autour de la tonique et de la dominante comme une hélice. Salieri ne cesse de se pavaner avec la Storace, surtout devant l’Empereur, pour obtenir ses bonnes grâces. Je déteste sa musique mécanique et sans âme. On dirait une musique... Le mot me manque, il faudrait l’inventer : quelque chose comme « ordonneur », « musiqueur », « ordinateur ». Rejoins-moi vite, ma Stanzerl car je t’aime et reste à jamais

ton fidèle et sincère Trazom Punkitititi

 


 Le tremblement de terre

  L’image de son visage, renvoyée par le vieux miroir au tain doré et piqué de taches noires, faisait penser à une icône. Elle écarta une des deux cloisons coulissantes de papyrus me laissant ainsi découvrir un petit jardin Zen dans lequel un rossignol voletait d’un bambou en hélice à un cerisier fleuri. Keiko se déplaçait dans son kimono brillant sans aucune variation brutale du corps. Elle semblait glisser. Un collier discret de perles de cristal autour de son cou jouait avec le rayonnement du soleil. Keiko revint et déposa le plateau sur la table basse, puis emplit les deux tasses de thé fumant et parfumé. Elle posa sur moi son regard franc et dénué de toute complexité. Subjugué par sa beauté, je baissais les yeux vers ma tasse. Soudain, de toutes petites ondelettes concentriques troublèrent la surface du liquide. D’un bond, Keiko me prit la main et m’entraîna sous la table de l’ordinateur, contre un pilier de l’immeuble. La secousse dura quelques secondes dans un vacarme assourdissant. Je sentis son souffle tiède sur ma joue, si près… A peine quelques minutes plus tard, les hommes s’attaquaient déjà au désenchevêtrement des maisons écroulées. Je remerciais Dieu de m’avoir fait connaître le paradis dans cet enfer.

 


 La glissade

  Le lac gelé brillait comme un miroir sous le rayonnement pâle du soleil de décembre. Carl Dickinsson virevoltait, joyeux, sur ses patins, traçant de savantes hélices sur la glace. Pour lui, l’art du patinage était élémentaire et ne comportait aucune complexité. Ce qui n’était pas le cas lorsqu’il devait se servir de son ordinateur où la multitude d’icônes sur l’écran le rendait perplexe. Une variation de température fit se détacher du pont un assemblage de stalactites de glace brillantes comme du cristal. Carl, lancé à grande vitesse, ne put éviter la chute. Son corps tournoya, une ondelette frissonnante parcourut sa colonne vertébrale et il termina sa course contre un pilier. Fort heureusement d’autres patineurs arrivèrent très vite et s’appliquèrent au désenchevêtrement de ses membre tout emmêlés. Malgré le froid Carl pensa que cette fois, il avait eu chaud !

 

Un jour (je crois que c’était en juillet),
L’ange exterminateur fut chassé du quatorzième univers.

Il erra longtemps dans l’inter espace :
Pas un seul point de vue où se situer,
Pas un seul point à voir pour goûter aux dimensions,
Pas un seul jeu pour s’émouvoir,
Rien.

Il erra ainsi quelques éternités.
Puis un jour (je crois que c’était en novembre),
Il eut un profond remords.

Il pensa très fort au Grand Etre.
Consomption devint assomption :
« Je veux des mondes qui bougent,
De la lumière, des couleurs,
Peuplés d’êtres bons… »

Le Grand Etre sonda le « coeur » de l’ange.
Il jugea que les temps avaient changé.

Ainsi fut le quinzième univers,
Avec son cortège d’étoiles et de lumière.

L’ange boudait :
« Je veux… la vie » dit-il au Grand Etre.
Et les formes de vie partirent à la conquête de l’univers.

L’ange boudait encore un peu :
« Je veux… je veux…»
Le Grand Etre claqua la porte et le laissa tout seul.

L’ange alors se concentra, imagina, chercha ce qu’il trouvait de plus beau,
Capta les lumières, les couleurs, le vent et l’eau, la chaleur et les courbes,
Puis il claqua des doigts.
Ainsi la Femme fut créée
(Je crois que c’était au printemps).

 

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