Présentation

 Jean-Marie Gandois

Ce blog a pour objet de vous proposer des extraits de mes productions artistiques, de vous faire part de quelques réflexions. 

Votre avis est bien sûr le bienvenu.

      
Vous pouvez m'écrire à jm.gandois@yahoo.fr

Publications

" Le monde sucré de Kersti", Mon premier recueil de nouvelles édité chez Yvelinédition, 12€.

Commandes auprès de l'auteur : jean-marie.gandois@wanadoo.fr

Auprès de l'éditeur : yvelinedition@neuf.fr

Egalement sur alapage.com, amazon.fr, fnac.com, ou chez votre libraire

   

 

  Deuxième recueil de nouvelles, "Adagio Affettuoso", également publié chez Yvelinédition, au prix public de 18€.

 

adagio 

Extrait (début) de la nouvelle "Le défi" éditée dans le recueil de nouvelles "Le Monde sucré de Kersti", Yvelinédition.

— Et si vous n’arriviez pas ?
— Mmm… Pardon ?
— Non rien… Heu… Je disais juste comme ça : « et si vous n’arriviez pas »
  
La jeune femme assise en face de Joseph, dans le RER, le regarda d’un air étonné mêlé d’incompréhension, d’un peu de colère et d’anxiété. Elle était en train de ranger dans son sac son téléphone portable après avoir répondu sèchement à un appel que l’on pouvait supposer provenir de son mari ou compagnon. C’est ce qu’avait pensé Joseph en écoutant bien malgré lui (quoique intéressé) la rapide conversation entre la jeune femme et son correspondant, ce qui l’avait incité à lui adresser cette question : « Et si vous n’arriviez pas » ? Joseph reprit :
— Je suis désolé d’avoir entendu votre conversation… mais…
— Oui, je sais. Je suis en colère. Et alors ? Ce n’est pas une raison pour vous mêler de ce qui ne vous regarde pas ! Répondit-elle en détournant la tête vers la fenêtre.
  
Juste au sortir du tunnel de Val de Fontenay, sur la ligne A du RER parisien, le téléphone de la jeune femme avait sonné. Elle l’avait alors extrait de son sac avec difficulté et avait répondu d’un ton plein de colère : « Ben oui, j’arrive ! Je suis à Neuilly Plaisance. T’as qu’à les faire manger et j’arrive. J’AR-RI-VE » ! Joseph, assis en face d’elle, avait bien sûr entendu ces mots exprimés avec tant de force. Il avait bien remarqué le ton de la jeune femme qui semblait excédée. Depuis la station Châtelet-les Halles, il n’avait cessé de la regarder discrètement. Elle était plongée dans un bouquin mais, comme elle le tenait presque à l’horizontale sur ses genoux, il n’avait pas réussi à en lire le titre, déjouant ainsi sa curiosité. Pas une seule fois, elle n’avait levé les yeux sur lui. Brune, avec de longs cheveux souples qui lui entouraient les épaules, des sourcils bien dessinés, une peau claire et une bouche charnue, elle lisait mais semblait être soucieuse. Quel âge pouvait-elle avoir ? Une trentaine d’années tout au plus. Joseph était fasciné par les mains de femme. Et celles de sa voisine étaient très petites et fines, presque des mains de petite fille, et sa façon de tourner les pages était délicate et attentionnée. Comme elle était un peu penchée en avant, Joseph pouvait deviner dans l’échancrure de son corsage deux seins fermes et bien ronds. Elle avait posé son sac à côté d’elle et Joseph avait osé plusieurs fois porter son regard au-dessous du livre qu’elle tenait haut sur ses genoux, là où les plis de son Jeans convergeaient vers cette île d’amour. Ses formes étaient parfaitement rondes et tout son corps n’était fait que de courbes esthétiques.
  
La jeune femme tourna enfin son regard vers Joseph; comme pour tenter de comprendre la phrase qu’il avait dite. Joseph rassembla son courage (il s’était jeté à l’eau et il fallait bien nager, maintenant) et enchaîna :
— Oui, j’ai dit ça comme un réflexe. Je me demandais en fait ce qui se passerait si par hasard vous n’arriviez pas.
— Comment ça, si je n’arrive pas ? Où ? Ah ! C’est parce que j’ai crié « j’arrive » au téléphone ! (Elle sourit) Mais je descends à Noisy. On m’attend… et je… mes enfants…
  
Manifestement, un certain trouble s’était emparé de la jeune femme. C’est vrai que Joseph était plutôt « beau gosse », trente cinq ans, bien habillé, quoique sans ostentation, et un air distingué avec ça. Ce n’était pas sa beauté physique mais plutôt son regard à la fois plein de tendresse et d’attention qui l’avait troublée. Comme si c’était la première fois qu’un être humain faisait vraiment attention à elle. Comme si, soudain, elle existait.
  
Le RER commença son ralentissement pour s’arrêter maintenant à Bry sur Marne, dernière station avant Noisy le Grand. La jeune femme regarda Joseph dont le léger sourire l’invitait à continuer. On sentait que des milliers de choses se passaient dans sa tête à une allure folle. Mille questions, mille considérations, mille images : son « mec », ses deux enfants, son appartement, etc. Et si elle ne rentrait pas chez elle ?
  
Le regard de Joseph était tendre et semblait lui dire « Bof ! Ça ne fait rien. » Il savait maintenant qu’il avait lancé un défi sans le vouloir totalement et qu’un certain ébranlement s’était produit, au point que tout devenait probable. Lui-même n’en revenait pas de cette « bouteille à la mer » qu’il avait jetée comme dans un état second, sans contrôler vraiment ce qu’il faisait. Il ne restait que deux minutes de trajet. Alors que le train s’ébranlait il ajouta :
— Parfois, je rêve à des trucs pas possibles… Moi aussi, il faut que je rentre. Moi aussi, je descends à Noisy. Et moi aussi j’en ai marre. Excusez-moi, c’était ridicule.
  
A nouveau la vitesse du RER diminua en entrant dans le tunnel de la station de Noisy. Joseph et la jeune femme qui n’avait dit mot se regardaient l’un l’autre d’un air un peu gêné, en souriant légèrement. Elle, parce qu’elle avait livré un peu de son intimité. Lui, parce qu’il n’avait pas compris comment il avait pu oser cette question. Elle commença à mettre de l’ordre dans son sac, y rangea son livre, mit la bride sur son épaule puis baissa son regard. Le haut-parleur annonça « Noisy le Grand Mont d’Est », une première fois au moment de la décélération, puis une deuxième fois presque à l’arrêt. Le bruit des freins prenait un étrange relief sonore. Lorsque le train fut complètement arrêté, la jeune femme se leva, fit un signe de tête à Joseph avec un léger sourire un peu crispé, et descendit les quelques marches du compartiment supérieur. Joseph resta assis. Il prit sa tête entre ses mains et ne la suivit même pas du regard. Ce soir il ne désirait pas non plus « arriver » chez lui. C’était cette conversation qu’il avait surprise, et qui ne lui était pas destinée, qui avait tout déclenché. Il s’était senti partager exactement les mêmes sentiments. Et c’est pourquoi il avait lancé cette phrase, comme un défi à lui-même. Trop de choses qui ne marchaient pas comme il voulait. Trop de médiocrité dans cette vie sans joie, sans chaleur plutôt.
  
Le signal sonore se fit entendre et les portes se refermèrent avec leur chuintement caractéristique. Toujours la tête entre ses mains, Joseph avait seulement entendu les allées et venues des passagers qui descendaient et de ceux qui montaient. La place en face de lui était restée vide. On était au mois d’août et la fréquentation de la ligne A du RER avait fortement baissé et ce n’était pas les places qui manquaient. Joseph regarda sa montre : dix-neuf heures vingt-quatre. Qu’allait-il faire à présent ? Il avait « raté » sa station et ne savait quoi décider. Se laisser porter par le hasard. Ne rien faire. Ne penser à rien. Voilà ce qui lui convenait. Il rejeta la tête en arrière, allongea ses jambes, et ferma les paupières.
  
Une sensation sur sa jambe gauche le fit frissonner. Il ouvrit les yeux et dit machinalement « pardon » en se remettant bien droit sur son siège et en ramenant rapidement ses jambes sous lui.
— Finalement, je suis restée, dit la jeune femme, une main posée sur sa jambe.
  
Il est bien difficile de décrire ce que ressentit Joseph à cet instant là. De la joie, bien sûr. Immense, même. Mais cela ressemblait plutôt à une bombe qui aurait explosé au sein de son corps, ou alors à un coup de canon. Quelque chose de si fort, de si violent, que cela lui déclencha des larmes. La jeune femme s’assit en face de lui et lui prit les mains. Son visage était à présent totalement rayonnant et détendu et ses yeux brillaient.
(...)
Il y a sur cette planète,
Quelque part entre Marne et Seine,
Une gazelle blonde.
 
Je l’ai croisée, hier, rue du Centre.
Et la courbe de son ventre
Est une onde.
 
Ses cheveux sentent les blés.
Je ne sais la couleur de ses yeux
Mais je sais son regard profond
A m’y noyer tout entier.
Ses dents font honte aux porcelaines.
Et ses gestes sont Art.
 
Un papillon m’a raconté
Comment il prit sa peau pour pétale de rose,
Et comment sa voix de miel
Au sortir d’une bouche fruitée
Eut trompé les abeilles.
 
J’aimerais tant plonger dans son regard
Sans l’éviter ni trembler,
Et arrêter le temps.
J’aimerais tant glisser mes doigts
Le long de son cou,
Frémir à ses frissons,
Rire à son sourire,
Essuyer ses larmes,
Découvrir son univers
Et m’abreuver aux sources de son paradis.
 
Son nom m’est inconnu,
Mais je connais mon trouble.
On n’approche pas une gazelle sans l’effrayer.
Alors regarder, seulement,
Respirer son air
Et rêver,
Quelque part entre Marne et Seine,
Là, sur cette planète,
A une gazelle blonde.
Voilà, j'ai retrouvé ce bout de poème que j'avais dédié à ma femme. C'était à l'époque de la bagarre entre Londres et Paris pour les JO. L'époque où une sonde américaine s'est précipitée sur la comète Tempel-1, juste pour voir. C'était donc après le 4 juillet 2005

 
Elle m’a dit « je t’aime » et ça faisait longtemps
Elle m’a dit « je t’aime » et j’ai été surpris
Elle m’a dit « je t’aime » et, d’un coup,
Mon moral a sauté par-dessus les nuages
Et je suis parti voir l’impact sur la comète entre Mars et Jupiter
Là-bas si loin, si près, si important, si grandiose
Au point que les JO, les Jeux de 2012
Si convoités, si discutés, controversés
Ne sont que souffle de fourmi et poursuite du vent
« Vanitas, vanitatis » disait l’Ecclésiaste…
Elle, elle m’a dit « je t’aime »
Et mon cœur est reparti à l’assaut de la vie.
Suite à une petite "miniature" littéraire faite à l'occasion de la 10ème semaine de la langue française, j'ai écrit cette novelette.

Je ne connaissais pas un seul mot de Japonais !
 
La mission qui m’avait été confiée par ma Société (qui consistait à étudier les risques de fraude et de fuites de revenu chez cet opérateur de télécommunications mobiles japonais) se déroulait donc en Anglais. J’aurais pourtant tellement désiré pouvoir dire quelques mots de Japonais à Keiko située presque en face de moi à la table de réunion ! Les présentations par notre Chief Manager avaient été si rapides et, décalage horaire aidant (j’étais arrivé la veille et, bien sûr, n’avais pu fermer l’œil de toute la nuit nippone), je n’avais pu capter pratiquement qu’un seul nom : Keiko . Elle était là, sagement assise. J’avais du mal à soutenir son regard si franc et si direct. Une mèche de ses cheveux fins et noirs cachait à demi son oeil gauche, renforçant cette impression de mystère qui émanait d’elle. Sa peau si claire tranchait sur le noir de sa chevelure qui descendait jusqu’au-dessous de sa ceinture. Elle était habillée de façon très sobre : chemisier blanc à col aux bords ondulés, collier d’argent en simple anneau, jupe noire dont je ne voyais que quelques centimètres au-dessous d’une ceinture gris clair métallisé. Mon regard se fixait, parfois jusqu’à l’impolitesse, sur sa bouche si désirable autant par son dessin parfait que par sa pulpe fruitée. Elle écoutait, les mains presque jointes ou prenait parfois quelques notes avec une extraordinaire économie de gestes. Ses doigts étaient fins, parfaitement oblongs, sans aucun renflement articulaire, et se terminaient par des ongles très courts.
 
Notre Manager parlait sans cesse, s’accompagnant de grands gestes emphatiques, tout en présentant ses diapositives (trop verbeuses à mon avis) projetées sur l’écran situé à ma droite. Lorsque Keiko tournait la tête sur sa gauche vers l’écran, pour faire mine de s’intéresser aux rares schémas présentés, j’en profitais à son insu pour admirer l’ourlet parfait de son oreille droite et l’arrondi de son cou où j’aurais tant aimé poser mes lèvres. Je pouvais même percevoir, par instants, une infime pulsation cardiaque selon la position de sa tête. Peu à peu, je m’éloignais du discours. J’étais enivré par tant de beauté vivante.
 
« Peter ! » « Peter !! » John Mc Gonell répéta mon nom plusieurs fois avant que je ne sorte de ma douce torpeur. Il ajouta, s’adressant en particulier à Monsieur Thomatsu qui, assis exactement en face de moi, me regardait comme un poisson vous regarde depuis son bocal : « Oh ! Would you please excuse him. He just arrived yesterday night and… ». On était arrivé à la fin de la présentation et c’était à mon tour de présenter les grandes règles en matière de Risk Management, de Fraud et de Revenue Assurance. Je perçus un très discret sourire sur les lèvres de Keiko, plutôt tendre qu’ironique. Après m’être confondu en excuses, arguant du décalage horaire, je me lançai dans ma présentation.
 
Je sentis que Keiko accordait de l’attention à mes paroles. Les autres, autour de la table, dont M. Thomatsu, étaient plus ou moins absorbés dans leur smartphone et étudiaient qui leur planning, qui leurs e-mails. John Mc Gonell, pour sa part, ne cessait de regarder sa montre pour vérifier mon « timing ». En effet, la parole devait ensuite être donnée à nos hôtes japonais. Malgré la fatigue du voyage, mon enthousiasme réussit quand même à intéresser quelques participants et à relever quelques têtes jusqu’à obtenir, à la fin de ma prestation, une majorité de compliments dont j’étais fier. Etait-ce une impression, une perception, ou le fruit de mon imagination ? Mais le regard furtif que m’adressa Keiko me fit penser qu’elle m’applaudissait par la pensée.
 
La réunion se déroula ainsi jusqu’à sa fin et chacun exposa ses idées, ses projets, ses réalisations. M. Thomatsu nous présenta quantité de graphiques et de statistiques sur les fraudes constatées depuis les douze derniers mois, regardant alternativement, tel un robot assistant à un match de ping-pong, ses notes et l’écran, sans aucun regard ni sourire à l’assistance. Totalement novice à la culture de ce pays, j’avais été fasciné par l’extrême politesse et la grâce naturelle des deux jeunes filles venues nous servir thé et café au cours de la réunion. Dehors, le soleil était au zénith. Le jardin carré intérieur éclatait de mille couleurs printanières et l’on percevait nettement l’écoulement d’une cascade artificielle. Curieusement, bien qu’en plein centre de Tokyo, on ne ressentait nullement le fourmillement de la foule et de la circulation automobile du dehors. Pourtant, entre mon hôtel situé à quelques blocs et le building où se tenait notre réunion, j’avais été fortement impressionné par la largeur inhabituelle (pour un parisien en tout cas) des passages piétonniers aux intersections, dans lesquels s’engouffraient des masses confuses de gens dès que le feu eut passé au vert.
 
Une des deux jeunes filles qui nous avait précédemment servi du thé déplaça une cloison de papyrus, découvrant ainsi une pièce attenante très blanche, éclairée par de larges baies vitrées donnant sur le jardin intérieur, et dans laquelle avait été dressé un repas sur une table basse entourée de coussins. C’était la première fois que j’allais déjeuner « à la japonaise », c’est à dire à genoux sur des coussins. Avant même d’être invité à m’installer, je me sentais mal à l’aise et très intimidé. Un regard de John - qui semblait avoir l’habitude - me rassura. Il signifiait « regarde et fais comme moi ». Je le suivis donc des yeux et l’imitai du mieux possible. Keiko, dont j’avais admiré la souplesse et la grâce dans sa façon de s’agenouiller, eut la politesse de ne pas porter son regard sur moi lors de cet exercice. Nous étions six autour de la table et Keiko, seule femme présente, avait été placée en face de moi. Je me sentais très gauche. Comment fallait-il s’y prendre sans blesser les usages ? Quel type de conversation pouvais-je entamer avec elle, sans vouloir être banal : professionnel ou personnel ? Et comment soutenir son regard si pur et sa beauté ? Autant de questions que je me posai dans les quelques secondes qui avaient précédé le toast de M. Thomatsu. En fait c’est Keiko qui engagea la conversation. Elle m’apprit qu’elle était passionnée de culture européenne, qu’elle connaissait par cœur tous les Opéras de Mozart, que ses parents avaient fait des études à Londres et à Paris et lui avaient transmis ce goût des arts et des lettres européens. Lorsqu’un jeune serveur apporta les mets, Keiko se tut et me regarda droit dans les yeux. Elle prit en mains les baguettes et m’intima silencieusement de l’imiter.
 
Le repas se déroula sans problème. Mon manager et M. Thomatsu n’avaient cessé de parler, écoutés béatement par les deux autres japonais qui n’avaient pas ouvert la bouche (sauf pour engloutir leurs bouchées de poisson). Aucun n’avait une seule fois porté son regard sur Keiko. Comment pouvaient-ils ignorer la présence d’une si grande beauté dans leur environnement immédiat ? Etaient-ils seulement capables d’éprouver une émotion ? J’avais l’impression d’un diamant égaré dans une mine de charbon, d’une fleur sauvage poussant sur un tas de fumier… Vint la cérémonie du thé. C’est en regardant ma tasse posée sur la table que soudain je sentis comme un frémissement du sol. De petites vaguelettes concentriques apparurent dans ma tasse. Une sonnerie d’alerte déchira le silence. M. Thomatsu cria un mot en Japonais et, aussitôt, d’un seul bond, les six convives se levèrent. Keiko me prit par le bras et me poussa sous une desserte située à quelques mètres près d’un pilier carré. Les autres allèrent se blottir sous la table de la salle de réunion qui était dans l’autre pièce et plus à leur portée. Les vibrations du sol se firent plus importantes. Sous la desserte, Keiko me tenait encore la main gauche. Je sentais son souffle tiède et mon visage était tout près du sien. La demi cloison qui séparait cette pièce de la salle de réunion me laissait entrevoir les jambes de deux des participants, sans doute des Japonais. Keiko tourna la tête vivement vers l’ouverture entre les deux pièces, ramenant ainsi sa longue chevelure qui me caressa le visage. Le sol tremblait de plus belle et quantité de bruits et de grincements se faisaient entendre. Inhabitué à ce genre de circonstances, je ne me sentais pas très rassuré. Keiko retourna la tête vers moi et plongea son regard dans mes yeux. Elle prit mon autre main dans la sienne et se rapprocha très lentement. Ses lèvres étaient alors à quelques centimètres des miennes et tout mon être n’était plus que désir. Keiko ferma les yeux. Je m’approchai alors et l’embrassai. Notre étreinte dura ainsi une ou deux minutes. Puis le tremblement de terre cessa et nous nous séparâmes. Je venais de goûter au paradis et me sentais envahi d’une douce chaleur. Puis chacun rejoignit sa place autour de la table. Je crus percevoir un brin d’ironie ou de complicité dans le regard de John Mc Gonell. En revanche les trois autres Japonais reprirent leur attitude mécanique comme si rien ne s’était passé.
 
Don’t cry, the kid ! Don’t cry !
I know seas which do not kill.
Don’t cry, the kid !
I know not nasty volcanoes
I shall tell you my not sharp mountains.
Don’t cry, the kid ! Don’t cry any more !
I shall tell you this boat which people believed lost
Then returned fully safe to the port.
I shall show you the slight grasshopper and the torrent which sings,
The flower which opens its petals to collect your kisses
Don’t cry, the kid ! Don’t cry, my love !
I know a country where everybody says "hello",
Where Moms are so sweet and beautiful and smiling,
With dark eyes and full of hair to hide your face,
Where Dads like to build your future.
Don’t cry, the kid ! Stop your distress !
I know cats who want your hands,
I shall tell you my proud and honest trees,
Here in the garden,
I shall tell you “Aucassin and Nicolette”(*) story,
I shall show you my house which begins to get stomach
But which does not frighten, when we get in,
I shall make you listen one thousand slight musics
And dream about hot-air balloons.
Don’t cry, the kid ! Don’t cry honey !
I know a planet where the word " gun " does not exist.
 
(*) a French middle age children’s fairy tale
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