Mardi 19 décembre 2006 2 19 /12 /Déc /2006 15:56
10ième "Semaine de la langue française", mars 2005. Les onze mots proposés étaient :

 Variation, ondelette, complexité, élémentaire, cristal, miroir, rayonnement, hélice, icône, désenchevêtrement, ordinateur

 


  Rangoon 

 Il faisait très chaud. Et l’hélice du ventilateur plafonnier n’y changeait rien. Les murs, tapissés de miroirs gravés dans le style des années vingt, reflétaient le rayonnement de la rue bruyante et moite. Elle était là, assise, tapotant son ordinateur portable. Elle était là, telle une icône, presque immobile, avec ses longs cheveux noirs emmêlés mais parcourus de souples ondelettes. Devant elle, un verre en cristal à demi vide. Quelle complexité lui faisait-elle froncer les sourcils, elle, si intelligente, et pour qui tout semblait tellement élémentaire ? Une variation soudaine du bruit de la rue la fit tressaillir. Elle passa sa main dans ses cheveux comme pour en maîtriser le désenchevêtrement. Je frémis. M’avait-elle vu ?

 


Astronomia

 La double hélice majestueuse de la galaxie d’Andromède diffusait son rayonnement diaphane dans le miroir de cristal du grand télescope d’Arecibo. Bien que l’image fut grandiose, seul un puissant ordinateur pouvait accomplir le désenchevêtrement de ses 400 milliards d’étoiles. Une telle complexité cosmique dépasse en effet les limites de l’optique par trop élémentaire du télescope. Il s’agit de la technologie JPEG, c’est à dire la « compression par ondelettes » des fortes variations de contraste de l’image, permettant de séparer les hautes fréquences des basses fréquences et ainsi d’en améliorer les contours. Je cliquais alors sur l’icône « DWT » (Discrete Wavelet Transform) et aussitôt l’image devint parfaite.

 

 


 Lettre de Mozart à sa femme Constance

  Vienne, le 4 juillet 1790

 

 Très chère excellente petite femme,

  Depuis que tu es à Baden, j’erre dans l’appartement en pensant à toi sans cesse. Le miroir de l’entrée ne me renvoie hélas ! que mon image. Ton portrait ne me quitte pas, pas même au lit (mais je te raconterai de vive voix), et je te parle à travers cette icône comme si tu étais à mes côtés. Comment vont tes chevilles et Carl ne te fatigue-t-il pas trop ? Comme ton rayonnement me manque, petite femme adorée. Suffit ! J’ai écrit quatre variations sur le thème « non più andrai » que tu chantes si finement avec ta voix de cristal. Des douze notes élémentaires j’en ai accru la complexité à un point tel que j’ai dû ensuite m’appliquer au désenchevêtrement de toutes ces notes. Je suis maintenant satisfait. C’est comme une broderie, une ondelette autour du thème, qui monte et descend puis tourne autour de la tonique et de la dominante comme une hélice. Salieri ne cesse de se pavaner avec la Storace, surtout devant l’Empereur, pour obtenir ses bonnes grâces. Je déteste sa musique mécanique et sans âme. On dirait une musique... Le mot me manque, il faudrait l’inventer : quelque chose comme « ordonneur », « musiqueur », « ordinateur ». Rejoins-moi vite, ma Stanzerl car je t’aime et reste à jamais

ton fidèle et sincère Trazom Punkitititi

 


 Le tremblement de terre

  L’image de son visage, renvoyée par le vieux miroir au tain doré et piqué de taches noires, faisait penser à une icône. Elle écarta une des deux cloisons coulissantes de papyrus me laissant ainsi découvrir un petit jardin Zen dans lequel un rossignol voletait d’un bambou en hélice à un cerisier fleuri. Keiko se déplaçait dans son kimono brillant sans aucune variation brutale du corps. Elle semblait glisser. Un collier discret de perles de cristal autour de son cou jouait avec le rayonnement du soleil. Keiko revint et déposa le plateau sur la table basse, puis emplit les deux tasses de thé fumant et parfumé. Elle posa sur moi son regard franc et dénué de toute complexité. Subjugué par sa beauté, je baissais les yeux vers ma tasse. Soudain, de toutes petites ondelettes concentriques troublèrent la surface du liquide. D’un bond, Keiko me prit la main et m’entraîna sous la table de l’ordinateur, contre un pilier de l’immeuble. La secousse dura quelques secondes dans un vacarme assourdissant. Je sentis son souffle tiède sur ma joue, si près… A peine quelques minutes plus tard, les hommes s’attaquaient déjà au désenchevêtrement des maisons écroulées. Je remerciais Dieu de m’avoir fait connaître le paradis dans cet enfer.

 


 La glissade

  Le lac gelé brillait comme un miroir sous le rayonnement pâle du soleil de décembre. Carl Dickinsson virevoltait, joyeux, sur ses patins, traçant de savantes hélices sur la glace. Pour lui, l’art du patinage était élémentaire et ne comportait aucune complexité. Ce qui n’était pas le cas lorsqu’il devait se servir de son ordinateur où la multitude d’icônes sur l’écran le rendait perplexe. Une variation de température fit se détacher du pont un assemblage de stalactites de glace brillantes comme du cristal. Carl, lancé à grande vitesse, ne put éviter la chute. Son corps tournoya, une ondelette frissonnante parcourut sa colonne vertébrale et il termina sa course contre un pilier. Fort heureusement d’autres patineurs arrivèrent très vite et s’appliquèrent au désenchevêtrement de ses membre tout emmêlés. Malgré le froid Carl pensa que cette fois, il avait eu chaud !

 

Par Jean-Marie Gandois - Publié dans : Miniatures littéraires
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Commentaires

Voilà une aventure qui prouve que l'on est faillible et perfectibler quelque soit le niveau que l'on ait atteint on peu attendre beaucvoup d el'aide des autres.

J'ai bien aimé la concisison de ce texte qui transmet en quelques lignes une image forte

Commentaire n°1 posté par LANGLAIS le 26/11/2010 à 08h12

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