Mardi 19 décembre 2006 2 19 /12 /Déc /2006 16:15

11ième "Semaine de la Langue Française" du 17 au 26 mars2006. Les dix mots proposés étaient :

Accents,  Badinage,  Escale,  Flamboyant, Hôte, Kaléidoscope, Masques, Outre-ciel1, Soif, Tresser

 

1 Mère, sois bénie ! 

 Je me rappelle les jours de mes pères, les soirs de Dyilo

 Cette lumière d’outre-ciel des nuits sur la terre douce au soir

 Extrait des Œuvres poétiques (Éditions du Seuil, Éthiopie, A l’appel de la race de Saba, p.58) de Léopold Sédar Senghor, dont 2006 marque le centenaire de la naissance.

 

 

 


   Juste avant de partir

Lorsque l’éther divin sera mon hôte,
Lorsque mon âme aura franchi l’outre-ciel,
Que les masques seront tombés,
Que l’on aura cessé tout badinage
Aux accents matériels et stériles ;
Lorsque j’aurai atteint l’escale,
Loin du kaléidoscope humain,
Pourrai-je encore tresser tes cheveux flamboyants
Avec le peigne en écaille de tortue de mon enfance ?
J’ai encore soif de Toi, soif de tout ton être, soif de ton Amour


 

   Carnaval

 

   Quel charmant badinage ! On avait beau être en février, à Venise, on sentait que le printemps n’était pas loin. Tous ces oiseaux au plumage flamboyant étaient les hôtes du campanile de la piazza San Marco. Était-ce seulement une escale avant de continuer leur long voyage outre-ciel ? Ils semblaient indifférents au carnaval qui, sur la place, formait un kaléidoscope de costumes chamarrés, de masques aux voilettes dentelées, de perruques artistiquement tressées, tout cela dans un brouhaha de rires, de cris et de tirades aux accents venus du monde entier. Seule une même soif de vie les rassemblait.

 


   Oasis

Une soif terrible le tenaillait. Depuis des jours, il marchait dans ce désert sous un soleil flamboyant. Hier, il avait fait escale dans cette minuscule oasis. Tandis que son hôte lui offrait du thé, les femmes s’occupaient à tresser les dattes séchées au soleil. Leur foulard sur le visage, tel un masque, ne laissait entrevoir que leurs yeux sombres et brillants mais n’empêchait nullement leur badinage aux accents chantés. Leurs parures mêlées de noir, de bleu acier, de blanc, d’or, formaient un kaléidoscope brillant de mille étincelles. Dehors, le silence pur. Hors le cri d’un faucon royal s’envolant outre-ciel.


Le perroquet

Fen-shu arriva à l’escale tard dans la soirée. Il avait mouillé sa jonque dans l’ancien port de la ville de Da-Nang, déjà endormie. Il fut réveillé, le lendemain, par des cris et des musiques aux accents festifs. On entendait aussi le badinage des femmes et des enfants, tout près. Il se frotta les yeux et sortit sur le pont de son bateau. Le quai entier était l’hôte d’une immense fête, véritable kaléidoscope humain sautant et dansant. Un dragon de tissu rouge et or flamboyant et au masque léonin impressionnant, déroulait ses circonvolutions tel un serpent. Des lanternes colorées et décorées de fines cordelettes d’or que l’on avait du tresser, se balançaient au bout de leur mât tenu par des enfants. On percevait une soif de liberté se dégager de cette foule joyeuse. Au pied de l’embarcadère, un vieil homme tenait une cage de perroquet à bout de bras. Il en ouvrit la petite porte de bambou et adressa quelques mots. L’oiseau magnifique sortit de la cage, regarda à droite et à gauche, puis s’envola jusqu’à disparaître outre-ciel.


 Au-delà de Léthé

 

   Hadès, l’hôte des enfers me regarda droit dans les yeux :

— Ah ! Te voilà enfin ! Nu, sans atours, sans masque, sans trémolos dans ta voix aux accents d’humanité ! Regarde ce kaléidoscope d’êtres humains ! Vois le feu flamboyant qui les ronge. Finis, les badinages méprisants ! Terminés les calculs mesquins ! Qui, désormais, pourrait leur tresser des couronnes ? Car c’est leur propre soif de vanité qui les a conduits jusqu’ici. Au moins pour y faire escale.

    Pour y faire escale ? M’étonnais-je.

— Oui. J’ai toujours l’échelle du songe de Jacob, là-bas. Mais seuls ceux qui refusent l’amnésie, seuls ceux qui acceptent d’être responsables de leurs actes pourront l’emprunter pour une issue vers l’outre-ciel.


 

     Yad al-jawza (Betelgeuse)  

Outre-ciel, là-bas, vers l'infini d'Orion

Est une planète.

Une planète hôte de seules beautés :

De ce côté, un kaléidoscope de mille fleurs,

De l’autre, mille essences aux accents capiteux,

Et dans son ciel, mille oiseaux

Au plumage flamboyant.

En tendant l’oreille on peut entendre

Le doux badinage d’animaux divers.

Ni masque, ni tromperie n’ont cours en ce royaume :

Tout y est clair comme l’eau des sources

Propres à étancher toute soif.

Au septentrion, on y peut voir

Des anges tresser des fils de la vierge

Et l’air y est doux.

Sera-ce ma prochaine escale ?

 


 Sonnet sur le même sujet à la manière de Savinien de Cyrano de Bergerac

 

Là-bas vers l'outre-ciel, vers l'infini d'Orion

I’ ay vu, chez Gassendi, avecque sa lunette

Un astre de biautez, une belle planète :

Un kaléidoscope et mil aultres visions,

 

Des accens de couleurs, de flamboyans nuages,

Des Oyseaux, de leur soif, beuvant l’eau tout le iour

Des angelots sans masque offrant de leur Amour

A de longues naïades au subtil badinage

  

Passant cler de leur temps à tresser leurs cheveux,

A rire et playsancter tout en formant des vœux.

Zeus auroit-il créé ce lieu pour Tantale ?

  

Tant d’heurs et d’abondances ci-bas réunis !

En cet hoste-planète où i’aimerois l’escale !

Où ie sçaurois passer des momens infinis.

Par Jean-Marie Gandois - Publié dans : Miniatures littéraires
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